Lettres

Mot de l'IA-IPR de Français - lettres

« Nous vivons la langue autant que nous la faisons vivre. Elle nous tisse jusqu’au plus intime comme nous la tissons en retour de nos pensées, émotions, actes et présence. Chaque fil que nous sommes dessine et colore une tapisserie, un monde toujours plus riche que nous façonnons autant qu’il nous façonne.

Si être en langue, c’est recevoir le don des autres et faire le don de soi ; être en langue française, c’est ouvrir et s’ouvrir à l’autre, découvrir et se découvrir libre, appartenir à une famille que je reconnais et qui m’accueille en son sein comme frère ou sœur, enfant ou parent de tous ceux qui  parlent, ont parlé et parleront une langue aux valeurs humanistes fortes. Nos écrivains en langue française, comme toute famille, loin d’être un, affirment leur pluralité tout en se revendiquant d’une langue universelle qui a promu les droits de l’homme comme premiers.  L’expression « écrivain en langue française » dont le pluriel, si nous l’osions, pourrait être « écrivains en langues françaises », marque cette existence littéraire, ce choix d’un « être en » qui fait de la langue française le lieu de sa  vie. »

 

Frédéric Raimbault

IA IPR Français - lettres

Mot des EEMCP 2 de Français - lettres

A la rentrée 2015, le réseau de l’enseignement français au Proche Orient compte 55000 élèves dont 54000 au Liban. Si ces 55000 élèves ont pour vocation d’apprendre le français, d’en parfaire la maîtrise ou d’en goûter les subtilités, ils s’entraînent aussi régulièrement à exercer leur esprit critique et à se construire des armes susceptibles de faire d’eux des citoyens épanouis, avertis et conscients des enjeux de la société dans laquelle ils s’inscrivent. 

En effet, ces 55000 élèves côtoient régulièrement des textes et des auteurs et sont ainsi amenés à s’interroger sur les visions du monde et les systèmes de valeurs qu’ils véhiculent. Cet enseignement de la littérature est  « une spécificité française », selon Anne Vibert, qui apparaît comme un « antidote à bien des maux de nos sociétés actuelles » et, surtout « essentielle à la construction de soi pour nos élèves »[1].

Faut-il au demeurant parler de littérature française ou de littérature en français ? Le français, en effet, n’est la chasse gardée d’aucune nation, d’aucun peuple et nombreux sont les auteurs qui, à travers le monde, écrivent en français.  Le Liban en est un bel exemple puisque dès la deuxième partie du XIXe siècle, plusieurs écrivains ont choisi d’écrire en français pour résister à l’occupation ottomane, sans doute, comme le précise Ramy Zein, « parce que des missionnaires chrétiens enseignaient déjà cette langue dans plusieurs écoles (...), parce que le français était la langue d’une nation amie répondant au nom de « France » (...), parce que le français, c’était la langue des droits de l’homme, et cela à lui seul suffisait »[2].

Or, cette littérature libanaise de langue française s’est épanouie depuis dans des directions diverses : « La création littéraire francophone au Liban s’est toujours définie en termes de cheminements individuels, non de courants ou d’écoles »[3]. Le choix du français s’apparente donc à l’exercice d’une liberté, pour construire sa propre identité. Et comme l’identité, au Liban, se vit souvent sous le signe du multiple, on comprend aisément que ce choix n’implique en aucun cas le rejet de l’arabe et qu’il puisse même s’articuler au choix d’autres langues.

Accompagnons donc nos élèves dans ce cheminement en  français ! Qu’ils interrogent les valeurs portées par les auteurs classiques aussi bien que par les contemporains. Qu’ils prennent conscience que la langue n’est pas figée mais qu’elle se renouvelle sans cesse, partout où elle est parlée, en fonction des besoins et des visées, poétiques ou non, de ses locuteurs. Qu’ils aient envie, enfin, de parler eux-mêmes en français, d’exprimer le monde et, surtout, leur propre monde dans cette langue.

 

Lydia Cardinal et David Métivier

EEMCP 2 de Français - zone Proche-Orient



[1] Anne Vibert, « Faire place au sujet lecteur en classe : quelles voies pour renouveler les approches de la lecture analytique au collège et au Lycée ? », mars 2011.

[2] Ramy Zein, Dictionnaire de la littérature libanaise de langue française, L’Harmattan, 1997.

[3] Ramy Zein, ibid