Les entretiens de Terminale au Grand Lycée Franco-Libanais

Lundi, novembre 25, 2019 - 8:30am
À l’heure du bilan

Pour la deuxième année consécutive, tous les élèves de Terminale ont, individuellement et accompagné d’un parent, rencontré Brice Léthier, proviseur du GLFL ou Sandra Pardo, proviseure adjointe lycée, accompagné d’un conseiller principal d’éducation ou d’une conseillère d’orientation. Cela a été l’occasion de revenir sur leurs parcours au Grand Lycée et leurs choix d’orientation, sur la manière dont ils se préparaient au mieux aux échéances de fin d’année et dont ils percevaient l’établissement qu’ils s’apprêtent à quitter après, pour la plupart, quinze années passées en son sein.

 

« Il faut rendre à César ce qui est à César ! », note Brice Léthier en expliquant que ce moment de rencontres entre les élèves et leur direction a été suggéré par son adjointe lycée, Sandra Pardo, il y a deux ans. Jusque-là, les membres de la direction voyaient les élèves collectivement à l’occasion de la pré-rentrée et de l’assemblée des délégués par niveau, ou dans des cadres très institutionnels comme les conseils pour la vie collégienne et pour la vie lycéenne. « Il s’agit alors d’assemblées en très grands nombres ou avec des représentants élus. En revanche, pour ce qui est de l’accès aux élèves au titre individuel, malheureusement, de par la fonction, cela se faisait uniquement pour des problématiques disciplinaires, regrette le proviseur. Or, la discipline, c’est l’exception dans le parcours scolaire d’un élève. Pour la grande majorité d’entre eux, les choses se passent bien, elles sont agréables à vivre. Donc il manquait un temps pour un entretien d’une autre nature ». Ici, chaque élève est accueilli en petite section par la directrice du cycle 1, la psychologue scolaire et d’autres référents du primaire au moment d’un entretien individuel avec leurs parents, et il semblait qu’« il manquait un entretien qui marque la fin de son parcours scolaire », ajoute le proviseur. Ainsi, ce ne sont pas moins de 256 élèves qui ont pu faire le point sur leurs parcours et leurs projets d’avenir au moment d’entamer l’année du baccalauréat qui est aussi celle de la préparation à l’entrée dans le supérieur et celle du bilan, puisque la plupart des élèves auront passé leurs quinze années de scolarité, et c’est particulièrement le cas pour cette promotion 2020, entre les murs du Grand Lycée.

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Briser les barrières invisibles

« Ce temps, on ne l’a pas voulu mené à l’emporte-pièce », fait remarquer le proviseur. En effet, lui et Sandra Pardo ont reçu les élèves et un parent dans leurs bureaux pendant un quart d’heure, avec un questionnaire prédéfini. « En tant que proviseur, je dois suivre le niveau de Terminale ; et faire un point de situation avec les élèves, en début d’année, me permet de les connaître mieux que sur la base de simples bulletins trimestriels et de rapports d’incident, explique-t-il. Là, j’ai eu un échange avec eux et je peux mettre des visages sur les noms ». Par ailleurs, cela établit une autre relation : « Ce n’est pas la même chose de s’envisager avec distance parce que d’un côté nous avons un élève et de l’autre un proviseur, que de s’envisager comme des personnes qui ont déjà eu un vrai temps d’échanges. Même avec les familles, cela change la donne ». « Aucun entretien n’est expéditif, confirme Jackie Varin, conseillère d’orientation au GLFL. Au contraire, le temps est pris d’écouter les élèves que ce soit avec Monsieur Léthier ou avec Madame Pardo. Après, chacun a sa façon de faire ; Monsieur Léthier est plus protocolaire, quand Madame Pardo engage plus les émotions des élèves en faisant appel à leur souvenirs ».

Pour Elie Trabously, CPE dans l’établissement depuis 35 ans, « le premier intérêt est que les élèves sentent qu’ils existent ». Il remarque d’ailleurs que depuis un an et demi, les relations sont apaisées entre les élèves de terminale et la direction. « J’ai eu, l’année dernière, des échos d’élèves de la série ES qui ont comparé leur relation avec la direction à celle que leur avaient dépeinte les Anciens. Ces derniers leur avaient affirmé qu’il n’y avait pas de communication. Or, à cette occasion, ils avaient tous fait la connaissance de Monsieur Léthier et Madame Pardo et avaient senti que cette direction tenait à eux » affirme-t-il. L’initiative a, en effet, trouvé un bon écho chez les élèves comme Inès, présidente du comité de promo 2020 qui a rencontré Brice Léthier, accompagnée de son père : « c’était intéressant de pouvoir partager mon ressenti avec le proviseur, parler de ce que je voulais faire. Pour une fois, on était traité différemment que comme de simples numéros qui passent et qui partent après le bac, et c’est très agréable ». « C’est l’occasion de montrer à la direction qui nous sommes et exprimer ce que nous pensons puisque jusqu’à ce qu’on arrive en terminale, elle ne nous connait pas personnellement », continue Sarah, vice-présidente du comité de promo. Les deux élèves apportent tout de même une nuance, car même les échos qu’elles ont reçu de leurs camarades sont bons, « certains regrettent ne pas avoir reçu de réponses plus concrètes sur leur avenir post-bac, qui reste notre préoccupation principale en ce début d’année de terminale ».

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Aider à se projeter

L’entretien se déroule en plusieurs temps. L’élève est d’abord questionné sur son choix d’orientation. Pour plus d’une moitié des élèves, les réponses sont claires : ils savent déjà quel métier ils veulent faire, quelles études ils vont suivre, à quel endroit et quelles sont les échéances à ne pas rater pour présenter leurs dossiers. D’autres élèves ont choisi les universités qu’ils voudraient intégrer mais ne maîtrisent pas encore tous les éléments concrets concernant la constitution du dossier et les échéances. « Les entendre expliquer leur choix d’orientation devant la direction m’a permis d’évaluer le travail que je fais avec eux depuis leur arrivée en classe de seconde, confie Jackie Varin, conseillère d’orientation au GLFL. J’ai aidé certains élèves à choisir leur filière, à ne pas avoir peur d’avoir choisi une filière différente de celle de leur parent, j’ai aussi accompagné une dizaine d’élèves qui ont changé de filière en cours de route… Aujourd’hui, c’est une promotion qui, dans sa large majorité, arrive à exprimer ses souhaits et ses choix et sait ce qu’elle veut concernant les projets post-bac ». Une quinzaine d’élèves ne savent pas encore ce qu’ils veulent faire et où ils projettent d’aller. Avec eux, « le but est de leur faire prendre conscience de l’état d’avancement de leurs projets, des échéances, et de la nécessité de se mettre immédiatement en mouvement avant l’envoi des dossiers en décembre », précise Brice Léthier.

Dans un deuxième temps, l’élève doit faire part des objectifs qu’il s’assigne pour l’année. « C’est l’occasion de revenir sur ce qu’il juge comme étant des points forts sur lesquels s’appuyer, des points de vigilance à avoir, non seulement en terme strictement scolaire mais aussi bien terme de personnalité. Nous les encourageons aussi à exprimer des demandes pour que nous les accompagnions mieux, explique le proviseur. Ce qui est remarquable c’est que les élèves sont très objectifs ». C’est le cas d’Inès, qui affiche des ambitions fortes puisqu’elle tient à avoir une mention ‘Très bien’ au baccalauréat. « Lorsque je lui ai fait part de cette ambition, remarque la jeune fille, le proviseur a regardé mes notes et a cherché un moyen de me faire progresser en arabe. Il m’a proposé de travailler cette matière en ‘accompagnement personnalisé’ au lycée ou de façon autonome à la maison. Je lui ai répondu que je sentais pouvoir le faire seule et il m’a fait confiance. Il m’a dit qu’il me voyait réussir brillamment le bac. Des mots comme ça venant d’un proviseur, ça fait vraiment plaisir ».

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Faire le bilan

Enfin, le troisième temps est celui du retour sur ce parcours de quinze années dans l’établissement pour les élèves et les parents. Ils sont amenés à réfléchir et s’exprimer sur ce qui les aura marqués positivement et négativement. « Nous leur demandons ce que l’établissement leur aura apporté, précise Brice Léthier, et ce sur quoi nous devons être particulièrement vigilants parce que cela peut être une gêne pour leur réussite, leur épanouissement ou celui de leurs camarades ». Dans les éléments qui les ont marqués, eux ainsi que leurs parents, arrivent en tête des valeurs portées par l’établissement telles que la laïcité, la liberté d’expression et l‘autonomie. « C’est souvent le premier mot qui leur vient, cette liberté, affirme le CPE. Le Lycéen est un élève qui ose : il ose prendre la parole, affirmer ses idées, il peut parfois aller au-delà de ce qui est permis et c’est là où la vie scolaire, les professeurs, la direction font en sorte de mettre les limites car nous souhaitons rendre ces élèves, certes, autonomes mais aussi responsables ». Les élèves citent aussi, souvent, des noms de professeurs qui les ont marqués scolairement et humainement, qui leur ont permis de se construire ou de se relever de certaines difficultés.

Les points négatifs sont des éléments ponctuels d’un parcours personnel. « Sur le harcèlement, par exemple, les élèves attendent plus de réactivité et de prise en compte des adultes qui les entourent », relève Brice Léthier. Ils se plaignent également de l’aménagement de l’emploi du temps et peuvent revenir sur une difficulté qu’ils ont pu recevoir dans l’enseignement. Pour les parents, en dehors des écolages, cela va être le pendant de la liberté, c’est-à-dire la discipline sur laquelle ils attendent plus de rigueur. « En trente-cinq ans, les Lycéens ont beaucoup évolué, termine Elie Traboulsy. Ce qui reste, c’est le respect dont ils peuvent faire preuve envers leurs pairs et les adultes de l’établissement, mais la reconnaissance et l’appréciation n’est plus la même. C’est une jeunesse de consommation, même dans son rapport à l’éducation. Il ne faut pas oublier qu’ils ont le monde entre les mains, sur leurs téléphones, et j’ai remarqué que l’élève s’oublie un peu au milieu de toutes ces choses qui l’informent et le distraient. Il oublie ses intérêts personnels, oublie de chercher qui il est et d’aller ainsi vers le chemin de la maturité ».

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En concluant les entretiens, élèves et parents font part d’un grand attachement à leur établissement. « Les parents parlent d’épanouissement de leurs enfants. Nos élèves ont été « heureux » de venir à l’école. C’est très important », souligne le proviseur. Pour la direction, le lien à tisser avec les élèves en cette année de terminale, si cruciale pour eux, reste l’enjeu et l’objectif majeur de ces entretiens même si, le proviseur ajoute, « c’est aussi un sondage grandeur nature et qualitatif, non quantitatif, au cours duquel chacun s’exprime avec les mots qui sont les siens. Cela nous donne la vision d’une promotion de cet établissement au bout de quinze ans, c’est donc un apport majeur à la réflexion ». Ce retour des entretiens sera d’ailleurs réinvesti par le GLFL dans le projet ‘Lycée 2109’.

 “Mon Grand Lycée” en témoignages.